Communiqué FAIR[e] : "Les consommateurs engagés s'associent aux producteurs français"

publié le 30-07-2015

Comprendre, Agir et Débattre

CONSOMMATEURS ENGAGÉS, PRODUCTEURS FRANCAIS,

PRODUCTEURS DES PAYS DU SUD,

NOUS VOULONS TOUS PLUS D’ÉQUITÉ DANS LES FILIÈRES AGRICOLES !

Paris, le 28 juillet 2015 - Prix trop bas qui ne couvrent pas les coûts de production et ne rémunèrent pas les producteurs, prix trop instables qui ne leur permettent pas de prévoir et d’investir, pratiques commerciales déloyales des industriels et distributeurs : les problématiques pour lesquelles les éleveurs français se soulèvent en ce mois de juillet 2015 résonnent particulièrement aux consommateurs engagés du mouvement FAIR[e] un monde équitable.

Ces enjeux, les producteurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine y sont eux aussi confrontés. Pour les accompagner, les acteurs du commerce équitable – marques, labels, bénévoles – mettent en place des démarches qui permettent à plus d’1,5 millions de producteurs de café, cacao, banane, thé, … de bénéficier d’un prix minimum garanti, rémunérateur et stable dans la durée[1]. Sur cette base équitable, le commerce « Nord-Sud » démontre alors toute sa pertinence : la régulation des prix agricoles permet aux agriculteurs non seulement de vivre dignement de leur métier et de sécuriser leur avenir, mais également de proposer des produits de meilleure qualité, et d’évoluer vers des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement. Pour appliquer ces principes sur le territoire français et y promouvoir une agriculture citoyenne et durable, la Charte du Commerce Equitable local a été adoptée en juin 2014 par le réseau InPACT, la FNAB et la Plate-Forme pour le Commerce Equitable, collectif national auquel notre mouvement participe.

Aux côtés des éleveurs français, les consommateurs engagés du mouvement FAIR[e] un monde équitable réaffirment aujourd’hui leur volonté d’insuffler plus d’équité dans les filières agricoles, au niveau national, européen et international. Et de rappeler qu’en tant que consommateur et citoyen, chacun de nous a le pouvoir de faire changer les choses. 

En tant que consommateurs, nous avons tous un pouvoir immense et très simple : celui de faire évoluer durablement nos pratiques de consommation. Tout d’abord, reconsidérons nos critères de choix pour les produits du quotidien, en préférant à la chasse obsessionnelle au prix le plus bas, la recherche - pour quelques dizaines de centimes de plus - de produits de meilleure qualité, plus respectueux de l’Homme et de l’environnement, pour lesquels sont connus le producteur et le transformateur. Diversifions aussi progressivement nos modes d’achat : évoluons des courses hebdomadaires en supermarché, vers une multitude de lieux d’achats réguliers, commerces de proximité, marchés, ventes à la ferme, paniers, AMAP, boutiques solidaires, etc. Voici comment nous pouvons agir facilement par nos actes quotidiens.

En tant que consommateurs engagés, nous avons un deuxième pouvoir : celui d’interpeller ceux qui communiquent à longueur de journée sur « le prix le plus bas » pour leur indiquer que ce n’est plus notre seule préoccupation. Nous pouvons écrire dans le cahier « Suggestions » à l’accueil de notre supermarché, envoyer un message au Service Client de nos marques préférées, pour leur exprimer notre envie et notre besoin de plus de qualité, d’équité, de proximité, de transparence, d’humanité dans les produits que nous avons l’habitude de consommer.

Et en tant que citoyens, nous avons un troisième pouvoir : celui de nous associer aux producteurs en colère, pour nous aussi interpeller les responsables politiques nationaux, européens et internationaux. A eux d’agir pour protéger tout autant le producteur que le consommateur, par la régulations de prix et des marchés agricoles d’une part, et par la lutte contre les pratiques commerciales déloyales des négociants, transformateurs et distributeurs d’autre part.

Redonner aux producteurs les moyens de vivre dignement de leur métier,  ici et là-bas, ce n’est pas seulement un enjeu solidaire ni économique. C’est fondamentalement un enjeu planétaire.

Comme nous le rappelle l’organisation à Paris début décembre de la COP21 - Conférence des Nations unies sur les changements climatiques -, alors que 2015 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée, nous ne pouvons ignorer, producteurs, consommateurs, combien notre environnement est menacé à court terme par le réchauffement climatique et combien le changement de pratiques de chacun des acteurs de notre société est essentiel.

Certes, les « normes et contraintes trop nombreuses» sont dénoncées ces jours-ci par de nombreux éleveurs. Une part importante de ces normes et contraintes vise la réduction de l’impact environnemental de l’activité agricole, imposées de même à tous les secteurs économiques. Pourtant, comment  demander à un producteur d’évoluer dans ses pratiques quand il ne sait pas s’il pourra poursuivre son activité dans quelques mois, semaines ? Garantir un prix minimum stable et rémunérateur, c’est non seulement redonner au producteur les moyens de vivre de son métier, mais aussi lui donner les moyens d’évoluer vers des pratiques plus agro-écologiques. Voici pour nous l’autre enjeu.

Certes, le développement de l’export est évoqué par des représentants professionnels agricoles comme l’une des principales solutions à leurs difficultés économiques. Il est temps pourtant de s’interroger sur la durabilité de cette solution. Au-delà de l’impact environnemental lié au transport, l’export favorise l'évolution des exploitations agricoles vers des systèmes agro-industriels de monoproduction permettant le volume, bien loin de la transition agro-écologique souhaitée. Et quelle est la pertinence de favoriser l’insécurité économique des producteurs, engendrée par leur dépendance accrue vis-à-vis des marchés internationaux libéralisés ? Car ces derniers ne tiennent jamais compte des coûts de production, mais trop souvent de la spéculation. Les producteurs doivent pouvoir sécuriser leur avenir en reprenant le pouvoir sur leurs débouchés, en diversifiant et relocalisant leurs circuits de commercialisation, en se rapprochant des consommateurs, et en évitant ainsi les sirènes de l’export, néfastes pour leur activité et pour la planète.

En tant que consommateurs engagés pour plus d’équité dans le commerce, nous proposons donc aux producteurs français, comme nous le faisons avec les producteurs des pays du Sud, d’agir chacun à notre niveau pour leur redonner les moyens de vivre de leur métier et de nous proposer des produits de meilleure qualité. Et nous répondrons ensemble à l’enjeu environnemental considérable auquel toute l’humanité doit faire face.

Tous autant que nous sommes, êtres humains, citoyens, consommateurs, salariés, entrepreneurs, étudiants, nous avons le pouvoir par nos actes quotidiens d’agir avec les producteurs d’ici et d’ailleurs, pour insuffler plus d’équité dans le commerce, et donc plus d’humanité dans notre alimentation et dans le monde qui nous entoure. 

Oui, nous avons le choix. Prenons le temps, et reprenons le pouvoir !

Emilie Sarrazin-Biteye, présidente,

pour le Conseil National du mouvement FAIR[e] un monde équitable

 

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