Pandémie et industrie textile : Quels impacts pour les travailleur.euse.s ?

publié le 22-05-2020

7 ans après la catastrophe du Rana Plaza, la mobilisation reste plus que jamais nécessaire 

 Le 24 Avril 2013 à Dhaka au Bangladesh, le nom du Rana Plaza est devenu tristement célèbre dans le monde entier. L’effondrement de cet immeuble de plusieurs étages, abritant des ateliers de confection textile, a causé la mort de 1 138 personnes et près de 2000 blessés. Bien avant le drame, les ONG internationales et les syndicats bangladais exigeaient déjà un plan de mise en œuvre pour améliorer la sécurité au travail dans les usines textiles au Bangladesh. Suite à cette tragédie, la pression publique a poussé certaines grandes enseignes du textile, utilitaires du Rana Plaza, à signer l’Accord sur la protection contre les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh ainsi qu’à l’indemnisation des victimes et de leurs familles. Seulement, ces engagements semblent davantage relever d’une opération de communication pour rassurer le consommateur. En effet, la pression sur les coûts et délais de production continuent d’empirer les années suivants l’effondrement. Aucune de ces enseignes de Fast Fashionne semblent vouloir faire évoluer son modèle économique, qui repose sur la violation massive des droits fondamentaux du travail des ouvrier·e·s. Ces éléments renforcent le constat de l’inefficacité des initiatives volontaires des multinationales pour prévenir des drames sociaux et environnementaux. 

Le devoir de vigilance, une première avancée pour les droits des travailleur·euse·s et la responsabilité des entreprises 

La loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre est une loi pionnière, qui marque une avancée historique pour le respect des droits humains et environnementaux.Elle oblige en effet les grandes entreprises françaises, ou présentes en France, à publier et mettre en oeuvre un plan de vigilance. Ce plan doit  permettre d’identifier et de prévenir les risques d’atteintes aux droits humains, à l’environnement et aux libertés fondamentales que peut causer leur activité, mais également celle de leurs filiales et de leurs sous-traitants et fournisseurs, en France comme à l’étranger. La loi sur le devoir de vigilance ouvre la possibilité d’engager la responsabilité civile d’une entreprise et permet aux victimes de saisir la justice en cas de dommages. 

Portée par les ONG et députés, elle a été adoptée définitivement en mars 2017, à l’issue d’une épopée législative, et après avoir été en partie censurée par le Conseil constitutionnel. Pour la première fois, c’est bien un modèle économique qui est dénoncé et la responsabilité est mise sur les pouvoirs publics et les multinationales. Bien qu’il s’agisse là d’une avancée majeure, il est indispensable d’étendre cette loi et d’élaborer un devoir de vigilance international, au travers d’une directive européenne et d’un traité onusien. Les porteurs de la loi en France et autres acteurs de la société civile l’encourage depuis plusieurs années. 

En pleine pandémie de Covid-19, des ouvrier·e·s encore en danger 

La crise du Covid-19 a vu plusieurs centaines d’usines textiles fermées, laissant sur le carreaux des milliers de travailleur·euse·s. En cause ? La baisse de la consommation liée à la crise sanitaire que nous traversons. Plusieurs pays comme l’Inde, le Pakistan ou le Bangladesh, en mal d'approvisionnement de matières premières depuis la Chine et en manque d’acheteurs, se retrouvent dans un vrai goulot d’étranglement et se voient dans l’impossibilité de vendre leur production ou de continuer leurs activités par manque de matériel. Bien pire, certaines enseignes refusent de payer des commandes déjà préparées, par crainte de ne pas pouvoir les écouler en occident où les magasins sont fermés. Par conséquent, les travailleuses et travailleurs déjà précaires de cette industrie, sont forcé·e·s de rentrer dans leur famille à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de travail, bien souvent à pied par manque de transport en commun, en plus de ne pas percevoir de revenus. Leur santé et leur vie sont mises en danger. 

 

"Cette crise sanitaire doit marquer un changement dans l'industrie textile et les chaînes d'approvisionnement doivent se fonder sur un modèle plus juste"

 

Les ouvrier.e.s de l’industrie textile sont extrêmement vulnérables, et l’effondrement du Rana Plaza l’a révélé au monde entier. Les enseignes de la mode fondent leur modèle sur l’exploitation d’une main d’oeuvre bon marché depuis des décennies. En ce temps de crise, les membres de la Clean Clothes Campaign exigent d’elles des mesures supplémentaires, et affirment la nécessité de l’application d’un devoir de vigilance international. Par ailleurs, sous la pression de l’Organisation Internationale du Travail et des syndicats, certaines enseignes se sont enfin engagées à minima d’assurer les commandes. Cette crise sanitaire doit marquer un changement dans l’industrie textile et les chaînes d’approvisionnement doivent se fonder sur un modèle plus juste, assurant un salaire décent, une liberté d'organisation collective et une protection sociale aux travailleur·euse·s.

 Mobilisation citoyenne et pouvoir du consommateur 

Du point de vue des consommateurs, le drame du Rana Plaza a conduit à une prise de conscience citoyenne indéniable, qui s’est traduit dans les comportements d’achats. Les alternatives à la Fast Fashion fleurissent depuis quelques années. Les grandes enseignes ont d’ailleurs bien compris ce changement de mentalité et usent de green etsocial washingdans leur communication, en prônant une soi disant transparence. Si la responsabilisation d’une mode plus juste doit être mise sur les pouvoirs publics et donneurs d’ordre, les consommateur·ice·s et citoyen·ne·s ont un rôle considérable à jouer dans l’évolution de l’industrie textile. 

La crise sanitaire que nous rencontrons a mis en avant l’incapacité du système économique actuel à être en phase avec les problématiques sociales et écologiques. Il y a danger à vouloir vivre comme avant et ce choc questionne notre rapport à la mode et à nos habitudes de consommations. 

 

Pour aller plus loin : 

Fast Fashion, s’engager contre la mode jetable

Décryptage des labels dans le textile

COVID-19 : les travailleuses du textile risquent leur vie

Épidémie de COVID-19 : Les multinationales ne peuvent ignorer leur responsabilité

Tracking des marques s’étant engagées ou non à payer les commandes 

Plus jamais ça ! Signez la pétition pour le jour d’après